Tikku et sa sœur Petite Carpe
sont de jeunes adolescents pauvres. Ils vivent en l’an 1108 du calendrier de l’empire du Pajan, période troublée où les clans se mènent une guerre sans fin pour prendre le pouvoir. Afin de gagner
leur vie, Tikku est pêcheur et Petite Carpe vend ses charmes. Mais la belle jeune fille est enlevée par des pirates. Désemparé, souhaitant retrouver et sauver sa sœur, Tikku demande à trois
compères de l’aider dans ses recherches. Les lecteurs font ainsi la connaissance de trois personnages hauts en couleur : Okko, samouraï sans maître, le moine Noshin, un bonze loufoque qui
s’enivre au saké, et le mystérieux Noburo, géant étrange et masqué. Ce trio chasseur de démons parcourt le Pajan à la recherche de missions. Sur la trace de Petite Carpe, ils découvrent
l’histoire d’une singulière créature vivant dans un château suspendu.
Les graphismes de cette bande dessinée, bien qu’ils fassent grandement penser à de l’animation japonaise et qu’on puisse leur reprocher leur
aspect lisse, sont de grande qualité, notamment dans le choix des couleurs. Le mélange d’un univers japonisant et du fantastique peut déstabiliser, mais dans ce premier opus le charisme des
personnages et l’intrigue bien ficelée permettent une lecture facile et agréable.
Le cycle de l’eau II
2006
Tikku et ses compagnons arrivent dans le château du clan Satoro. L’accueil est fait selon les règles, rien ne laissant présager les
aventures qui vont suivre. Sur les demandes du chef de clan, Okko raconte les terribles conflits qui ensanglantent le royaume du Pajan. Mais leurs hôtes ont un comportement bizarre. Après maints
indices, tout est découvert : ce sont des Pennagolans, vampires qui boivent quantité de vinaigre pour éviter la décomposition des corps qu’ils ont empruntés. Et le sort de Petite Carpe ne
tarde pas à être dévoilé : elle a malheureusement été choisie comme enveloppe charnelle. Réussissant à venir à bout de ces deux créatures, Noburo, Noshin et Okko aident Tikku à accepter la
mort de sa petite sœur. Il fera dès lors partie de leur équipe, arpentant les terres du Pajan.
Nous assistons ici à la fin de l’intrigue commencée dans le tome 1. Le déroulement de l’histoire et la surprise finale du destin de Petite Carpe font apprécier ce nouvel épisode, même si
l’utilisation de vampires a pu en ennuyer certains. De nombreuses allusions à la culture nippone (mots en japonais dans le texte, allusion au bushido) crée un univers à la fois familier et
dérangeant par l’irruption d’un fantastique loufoque dans cette ambiance féodale.
Un vieux barbu épris de littérature et d’arts gagne aux cartes un galion et son équipage, ainsi que neuf
cartes au trésor. Ils prennent alors le large à la recherche de l’or caché, et sont pris en chasse par l’ancien capitaine déchu qui a osé jouer son bateau. Mais alors que la richesse est à portée
de main, le Capitaine convainc ses marins cupides que cette recherche est vaine et contraire au bonheur.
Cette Bande Dessinée est très divertissante et a un but bien affiché : nous faire rire. Tout d’abord
grâce à ses dessins caricaturaux qui croquent à merveille les expressions des personnages. Puis grâce à l’utilisation massive de jeux de mots, notamment sur leur sens et leurs synonymes. Très
efficace.
Tome 2 : Un zèle
imbécile.
2006
Toujours à la recherche des trésors indiqués par les cartes, l’équipage arrive sur l’île d’Hédogon. Après de
multiples péripéties avec les autochtones et l’échec de l’ancien capitaine de s’emparer pour la Kouklamou, l’équipage reprend la mer bredouille, mais tout a changé : les cartes au trésor ont été dérobées par l’ancien capitaine et le nouveau se retrouve à fond de cale pour avoir
déblatérer un discours philosophique en défaveur de l’argent.
Ce deuxième tome est dans la même veine que le premier, jouant
toujours avec brio sur les mots.
Qui a dit que la bande dessinée était un art divertissant sans profondeur ? Art Spiegelman nous démontre ici ce que la bande dessinée a de plus sérieux : sa fonction de témoignage
historique. L’auteur entremêle deux histoires, toutes deux tirées de faits réels. La première se passe dans le présent. Art Spiegelman, qui a des problèmes de communication avec son père, a
l’idée de mettre en BD l’histoire de sa famille, des polonais ayant vécu l’enfer nazi. L’auteur nous présente son père d’aujourd’hui sans concession, c’est-à-dire pingre, râleur et rasciste. Il
nous fait part aussi de la difficulté qu’il a eu à faire cette BD, notamment lorsque le récit se déroule à Auschwitz. Le fil directeur de Maus, c’est
la BD elle-même : c’est l’histoire de sa création. Art Spiegelman se met en scène lors des interviews préliminaires avec son père pour créer cette œuvre. Et le récit enchâssé, intelligemment
entrelacé au récit cadre, est bien sûr le récit du père, Vladec Spiegelman, de l’avant guerre à la libération.
La lecture de cette BD m’a tout simplement subjuguée : l’entrelacement des deux époques crée une dynamique captivante qui évite l’ennui
d’une énième histoire de déporté, et permet une pause dans l’horreur de la guerre. Voir et être ému par la vie actuelle de ce survivant donne à son témoignage bien plus de valeur, en annihilant
l’aspect fictionnel du récit. Oui, cela s’est pas bien passé comme cela, avec toutes ces horreurs, ces coups de chances et ces coups du sort. De plus, la relation difficile entre le père et le
fils donne à réfléchir sur la transmission de cette histoire, le traumatisme qu’un tel événement a pu inscrire dans la vie des déportés, la non compréhension de la génération d’aujourd’hui qui a
du mal à s’imaginer ce que leurs parents ont vécu. Art Spiegelman a choisi de dessiner les juifs en souris, les allemands en chat et les polonais en cochon. Ce choix ne m’a pas du tout gênée, au
contraire, elle permet de voir du premier coup d’œil à qui on a affaire. De plus, la ressemblance entre tous les protagonistes montre que chacun a subi le même sort : tout le monde peut se
retrouver dans ces dessins. Enfin cette animalisation évite le pathos ou les images d’horreur que des visages humains auraient forcément
reflété : c’est une mise à distance nécessaire pour apprécier la lecture et se centrer sur des sentiments spécifiques (compassion, pitié, sympathie et non horreur, haine, vengeance).
Une lecture fabuleuse à conseiller à tout le monde. Lisez Art Spiegelman !
Les hommes et les bêtes de haute taille sont prêts à faire la paix. L’union de la femme Aube et du loup Loup-de-feu doit sceller ce pacte. Mais la jeune mariée et son frère tue l’époux dans la
chambre nuptiale, dégoûtés par ce mariage contre nature. Dès lors, la guerre reprend immédiatement de plus bel, les bêtes de haute taille étant particulièrement violentes du fait du meurtre de
leur chef. Dans une bataille qui s’enlise et appauvrit tous les opposants, les deux partis en conflit vont de façon parallèle chercher le héros qui pourrait faire basculer la guerre. Du côté des
hommes, ce sera le mystérieux seigneur Clam, homme maudit. Du côté des bêtes de haute taille, ce sera le frère de Loup-de-feu, Loup-gris, qui va contre toutes les coutumes faire s’allier les
bêtes de haute et de basse taille pour un même combat.
L’histoire est assez
commune, avec des clichés de construction (les deux clans au même moment vont faire appel à leur héros). Nous ne sommes pas vraiment surpris par la tournure que prennent les choses, et certaines
morts font vraiment partie des stéréotypes (la mort de seigneur de Traille par exemple, pour amener son fils à combattre par vengeance). Les seuls points qui méritent un regard sont les dessins,
notamment ceux des animaux anthropomorphisés à merveille, avec de très bonnes expressions faciales. L’utilisation du contour noir pour mettre en valeur ce qui est proche, et son absence dans la
même case pour ce qui est éloigné est assez efficace (cf. par exemple la première vignette de la planche 29). Cependant, l’utilisation de modèle d’acteur connu pour le chevalier parti chercher
Clam à la fin du tome, qui est clairement inspiré de l’acteur en vogue Christian Bale, est plutôt irritante. Déjà à l’affiche de beaucoup de films ces derniers temps, devions-nous le retrouver
dans une BD ? N’aurait-il pas été plus judicieux de lui donner une apparence propre qui aurait fait de lui un personnage original et non une copie d’un être humain
existant ?
Henri III et Henri de Navarre jouent désormais ensemble contre la Ligue, des ultras catholiques déchaînés par
l’assassinat de leur leader, M. de Guise. Pierre, toujours au service du roi, est de toutes les batailles. Mais Henri III est assassiné par un religieux fanatique, Jacques Clément, armé par la
Ligue. Le trône vacille : Henri de Navarre est l’unique héritier légitime mais sa religion pose problème. Considéré comme hérétique, excommunié par le Pape, la Ligue réussit pour ses raisons
à élargir ses partisans. Pierre, après s’être reposé de ses blessures dans son domaine du Chêne Rogneux, doit à présent faire face à d’autres soucis, plus personnels : Larissa et Giacomi
morts, Angelina agit de façon étrange et est méconnaissable. Des doutes concernant sa véritable identité torturent Pierre, qui préfère repartir au service du nouveau roi pour s’éloigner de cette
femme qu’il ne reconnaît plus. Déguisé en marchand drapier, il espionne les ennemis du roi dans Paris encerclée par les forces de Navarre. Le plan du roi : réussir à réduire la force de la
Ligue en affamant la capitale. Des milliers de morts n’arriveront pas à bout du noyau catholique. Contraint de se défendre contre l’arrivée des renforts espagnols qui lorgnent le trône, il se
résout à abandonner le siège. Quelques années plus tard, par sa générosité et sa conversion, Henri de Navarre réussit à entrer dans Paris et devient le nouveau roi légitime de France, Henri IV.
Mais les jalousies et les rancœurs ne sont pas éteintes pour autant.
Je lis toujours avec grand plaisir l’histoire des Fortunes de France. Ce tome est déjà le cinquième,
et Robert Merle ne perd pas son dynamisme et sa verve. L’histoire est captivante, pleine de rebondissements, un roman d’aventure digne d’Alexandre Dumas.